Sélectionner une page

Rares sont ceux qui ne peuvent absolument rien présager des résultats de leur travail. Alain Castillo fait partie de cette catégorie aventureuse. « J’ai imaginé ce système-là, je ne sais pas ce que ça va donner », avoue cet assistant ingénieur en instrumentation et techniques expérimentales, au sujet du Deep Sea Autonomous Fluid Sampler (DEAFS), un instrument destiné à prélever des fluides hydrothermaux.

Installé à 1 700 mètres de profondeur dans l’Océan Atlantique, au large des Açores, cet outil prélève tous les mois depuis bientôt un an des fluides de haute température (275 degrés). Cet instrument a pour but d’améliorer la compréhension des milieux marins profonds, et notamment des microorganismes. En août prochain, à l’occasion de la mission MoMARSAT regroupant plusieurs chercheur.e.s issu.e.s de disciplines différentes (physique, biologie, sismologie, etc.), le DEAFS sera remonté pour découvrir l’ampleur du succès ou des dégâts. « Je n’ai pas d’autres espoirs que ça ait marché et que les bouteilles soient remplies », assure celui qui n’ose établir de pronostics sur les échantillons recueillis.

Ce cinquantenaire, entré au CNRS via un concours externe en 1992, est aujourd’hui le responsable technique de la plateforme du laboratoire Géosciences environnement Toulouse (GET – OMP, CNRS/Université Toulouse III – Paul Sabatier/IRD/CNES). Après un bac en sciences et technologies industrielles en génie électrotechnique et une école militaire technique, il a d’abord été technicien pour les infrastructures du Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes du CNRS (LAAS-CNRS), jusqu’au jour de 2001 où il a souhaité rapprocher ses activités de la recherche : « J’avais fait le tour au LAAS », explique-t-il. Vœu exaucé : il a rejoint le Laboratoire des mécanismes et transferts en géologie, ancien nom du GET. Alain Castillo s’est ensuite formé sur les lieux de son travail, auprès d’un mécanicien : « Je ne connaissais rien en géochimie, on m’a fait confiance ». Depuis maintenant une dizaine d’années, il travaille avec Valérie Chavagnac, chercheuse CNRS, sur les fluides hydrothermiques : « Elle m’a défié de prélever de l’eau dans… de l’eau ! Ça a commencé comme ça ». Belle entrée en matière pour la première équipe à avoir songé à un système autonome tel que le DEAFS.

Si, comme l’explique Alain Castillo, les profondeurs marines constituent un milieu hostile, l’ambiance sur le bateau de la mission MoMARSAT est, elle, « enrichissante et stimulante » : « Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un chantier en plein air, ça change de l’ambiance du laboratoire », indique-t-il. Entièrement dévoués à leur travail pendant trois semaines, les matelots embarqués depuis 2009 ne dorment parfois qu’une à deux heures par nuit. Pas de quoi effrayer Alain Castillo qui apprécie la dissolution des hiérarchies à bord : « Pas un.e chercheur.e ne fait quoi que ce soit sans demander son avis à un IT [ndlr : ingénieur.e et technicien.ne] ».

Au laboratoire Géosciences environnement Toulouse, l’assistant ingénieur ne chôme pas non plus. Il travaille en effet pour une quinzaine de chercheur.e.s et fabrique les outils qui leur sont nécessaires avec Pascal Gisquet, adjoint technique de l’Université Paul Sabatier. « Il faut retranscrire techniquement ce que les chercheur.e.s ont en tête : dessiner les plans est aussi intéressant que la conception finale. », développe-t-il. On pourrait se représenter les instruments d’un laboratoire comme complexes, motivés par les injonctions d’innovation, mais la fabrication tend au contraire à la simplicité. La transmission est en effet cruciale : « Beaucoup d’étudiant.e.s passent dans les labos et il faut donc que les outils soient simples à prendre en main. » Qui dit simplicité n’exclut pas matériau remarquable. A cause de ces pièces en titane, le DEAFS aurait dû coûter 150 000 euros. Sa production est finalement revenue à un tiers de ce prix. Le secret ? Les contacts. L’assistant ingénieur a bénéficié du soutien d’autres laboratoires et de l’appui des réseaux professionnels du CNRS dont il fait partie : le réseau des mécaniciens et Techmar, la communauté des technologies marines. En attendant la mission récupération du DEAFS, Alain Castillo ne manque pas d’occupation : d’autres outils attendent d’être conçus…

« C’est un métier où tout est toujours nouveau, il faut avoir de nouvelles idées et rester ouvert. Ce qu’on considère comme acquis ne l’est pas forcément. Il ne faut pas rester sur un constat d’échec lorsque quelque chose ne marche pas. Il n’y a pas d’échec, seulement de l’améliorable. »

Pour en savoir plus

[Communiqué de presse] DEAFS : Un laboratoire autonome au fond de l’océan

Contact

Alain Castillo l Alain.CASTILLO@Get.omp.eu