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Lors de la fête de la science à l’Espace des sciences de Rennes, le 8 octobre 2021, Angèle Pillot a expliqué à des élèves comment elle a rejoint le monde de la recherche. Doctorante au laboratoire Ambiances architectures urbanités (AAU, CNRS/École centrale de Nantes/ENSA Nantes/ENSA Grenoble), elle explore l’implication du sens des masses sur notre perception de l’espace urbain.

 

Quel a été votre parcours ?

Il est assez particulier puisque j’ai commencé par intégrer la faculté de philosophie de Nantes. Je suis non voyante depuis mes 16 ans et j’ai rejoint une filière littéraire car la lecture y est plus aisée que, par exemple, dans une filière mathématique. J’ai finalement bifurqué vers la psychologie, pour étudier le fonctionnement psychique humain. J’ai obtenu un master en psychologie clinique avec plusieurs stages, dont deux en service de dermatologie et de soins palliatifs.

C’est un environnement parfois envahissant sur le plan sensoriel, avec de fortes odeurs et du bruit. Je me suis alors demandé comment mieux adapter ces lieux de soin à l’état psychique des patients, notamment ceux en fin de vie. Des amis étudiants en architecture m’ont appris qu’il existait des recherches sur les questions d’ambiance et de sensorialité en architecture. Grâce à cette piste, j’ai contacté Ignacio Requena, maître de conférences à l’ENSA[1] Nantes et chargé de recherches au laboratoire AAU. Il est devenu l’un de mes co-encadrants, avec Delphine Rommel, maitre de conférences à l’Université de Nantes, pour ma thèse dirigée par Daniel Siret, directeur de recherche à l’AAU, et financée par le ministère de la Culture.

 

Quel est le sujet de votre doctorat ?

Ma thèse traite de ce qu’on appelle le sens des masses. Il s’agit de la capacité de certaines personnes, essentiellement non voyantes, à percevoir les volumes, la présence d’obstacles ou encore le type de matériaux environnants. Identifié par Diderot, ce concept reste difficile à comprendre. Il passe par l’oreille, mais procure des sensations tactiles au niveau du visage. Il a aussi été relié à l’écholocation, que l’on retrouve par exemple chez les chauves-souris. Je m’intéresse à l’impact du sens des masses en architecture, car l’aspect purement visuel ne suffit pas à définir toute la palette des sensations que l’on reçoit dans des environnements bâtis et urbains.

 

Comment vous êtes-vous orientée vers un doctorat ?

J’ai pris goût à la recherche grâce à mes années de master, où nous avions beaucoup d’heures consacrées à la méthodologie ainsi qu’un mémoire de recherche à rédiger. Le hasard a aussi voulu que le premier confinement me donne le temps de monter efficacement un projet de thèse. J’ai pu bien expliquer à mes encadrants quels étaient mes besoins et ce qu’il faudrait adapter. Ils ont été très rassurants et c’est pour moi une joie incroyable de me retrouver dans un laboratoire d’architecture.

 

Quel a été votre rôle lors de la fête de la science et quel message auriez-vous pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans une carrière scientifique ?

J’ai échangé avec des collégiens en classes ULIS[2] sur mon parcours et la possibilité de faire de la recherche avec une déficience visuelle. Mon message s’adresserait plutôt aux lycéens et aux étudiants, pour qui le doctorat est une perspective moins lointaine. À une époque où on parle de plus en plus de la quête de sens dans la vie professionnelle, la recherche offre justement un travail qui en est rempli. On peut faire beaucoup de choses avec la recherche, et les réaliser grâce à la personne que l’on est. Ma thèse est en effet pétrie de mes expériences et de mon individualité, j’en tire beaucoup de plaisir et de sens.

 

Pour en savoir plus :

Fête de la science 2021 en Bretagne et Pays de la Loire

Une fête de la science sous le signe de l’inclusivité

 

Crédit image : @ Véronique Dom / UMR AAU

 

[1] École nationale supérieure d’architecture.

[2] Unités localisées d’inclusion scolaires.