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A Lyon-Villeurbanne, le Laboratoire de biométrie et biologie évolutive a proposé un programme de « méditation pleine conscience » à une vingtaine de volontaires. Ce projet lauréat de l’appel à projets QVT 2017 du CNRS est aussi un projet de recherche : l’impact sur les participants a fait l’objet d’analyses dont les résultats sont maintenant connus. Retours sur l’expérience…

 

De plus en plus connue et pratiquée, la méditation pleine conscience invite les pratiquants à se concentrer sur le présent en observant leurs pensées, leurs émotions et toutes les sensations qu’ils perçoivent via leurs cinq sens. L’idée est d’accueillir ce qu’on vit avec le plus d’ouverture possible et de repérer les schémas de pensées toxiques pour éviter par exemple de se noyer dans la rumination du passé ou la peur du futur. Si cette pratique est issue du bouddhisme, sa forme occidentale nous vient d’un programme de réduction du stress américain[1] qui fait l’objet de nombreuses recherches. Le chercheur CNRS Gabriel Marais s’inscrit dans cette lignée et a entrepris d’analyser ses effets directement sur des membres de son laboratoire[2]. En pratique, vingt d’entre eux ont bénéficié d’un programme de huit semaines animé par Robin Fiault, psychologue clinicien et instructeur dans ce domaine. Vingt-et-un autres membres ont quant à eux servi de panel témoin et n’ont donc pas suivi le programme. Au menu pour les participants actifs : une séance hebdomadaire en groupe pendant huit semaines et une mise en pratique individuelle tous les jours. Afin de mesurer l’effet du programme, des questionnaires ont été administrés avant et après pour évaluer le stress, le bien-être, la flexibilité psychologique[3], le soutien social, l’interdépendance au travail et la gestion du temps.

 

Résultats : des effets significatifs par rapport au groupe témoin (les 21 autres personnes du laboratoire) ont été observés sur le stress, l’anxiété et la dépression. Ils sont encore plus flagrants sur la flexibilité psychologique et le bien–être. Gabriel Marais pointe également une meilleure gestion du temps chez les participants : « un élément clé de la vie des chercheurs et autres personnels en milieu universitaire. Cette dernière observation n’avait pas été faite dans la littérature et elle ouvre des perspectives intéressantes. ». Enfin, bien que ce point n’ait pas été observé dans le cadre de cette analyse, l’un des participants insiste lorsqu’on l’interroge en dernière semaine du programme : « mon écoute des autres s’est améliorée et je me sens plus dans le partage ». L’expérience s’est donc avérée particulièrement intéressante.

 

Rien d’étonnant donc à ce que la méditation de pleine conscience soit de plus en plus utilisée en entreprise. C’est en se posant des questions sur ses propres pratiques au travail que Gabriel Marais a d’ailleurs commencé à s’intéresser à ce domaine.  Quant à Robin Fiault, il est régulièrement amené à pratiquer en entreprise : il a notamment travaillé au CHU de Saint-Etienne pour la gestion du stress des personnels soignants et administratifs. De plus, il connaît bien le milieu universitaire puisqu’il a notamment travaillé avec le service de médecine l’Université Claude Bernard Lyon 1 pour la mise en place de séances à destination des étudiants de licence et de master. Une idée à reprendre dans d’autres équipes CNRS ?

 

[1] MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) ou « Réduction du stress basée sur la pleine conscience » par Jon Kabat-Zinn

[2] Travaux menés par Gabriel Marais, Sophie Lantheaume, Robin Fiault, Rebecca Shankland

[3] La flexibilité psychologique est la capacité de s’engager dans des actions (en lien avec ses valeurs) dans des situations adverses malgré les émotions, pensées, sensations désagréables que l’on va ressentir

 

Crédits image : @ V.Cusimano, CNRS Rhône Auvergne